Groupe de réflexion iSHARE de B2dix sur le déficit énergétique relatif dans les sports (RED-S)

– Novembre 2019, Montréal, Canada –

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De récents événements, largement médiatisés, concernant les abus physiques et mentaux allégués qu’a subis la jeune sensation américaine de la course à pied, Mary Cain, de la part de son entraîneur ont exposé des lacunes dans la capacité du sport à protéger le bien-être des athlètes.

Les athlètes recherchent constamment l’excellence et dans certains cas, subissent d’énormes pressions pour mieux performer. L’une des formes que revêt cette pression est souvent liée au besoin d’une extrême minceur. En découle une dynamique qui pousse les athlètes à réduire les apports énergétiques dont ils ont besoin pour remplacer l’énergie qu’ils dépensent, et qui entraîne des déficits caloriques sur de longues durées. Les scientifiques appellent ce syndrome le déficit énergétique relatif dans les sports (RED-S). Si les restrictions alimentaires deviennent chroniques, elles entraîneront un effondrement physique et mental de l’athlète. Cet effondrement donne lieu à de nombreuses conséquences négatives sur la santé et éventuellement, à des performances réduites et à un risque élevé d’effets négatifs à long terme, tant au cours de la carrière de l’athlète qu’après.

Bien qu’ancré dans certaines cultures sportives, le RED-S n’est connu du grand public que depuis peu et trop souvent par le truchement d’histoires révélées par des athlètes courageux. Le RED-S résulte souvent d’un système sportif axé sur le développement du plus grand nombre d’athlètes de haut niveau possible. Les athlètes sont entourés d’une équipe qui veille à optimiser leur performance. Cependant, lorsque l’emphase n’est pas mise sur la santé de l’athlète, le corps de ce dernier se dégrade et il doit souvent tenter d’y faire face sans bénéficier d’un soutien adéquat. Pour que le sport prospère, nous devons réussir à faire de la santé de l’athlète une priorité, ce qui signifie modifier la culture actuelle. Certes, de nombreux sports au Canada, dont les entraîneurs et ceux qui les pratiquent, ont déjà adopté des pratiques exemplaires en matière de prévention, de diagnostic et de traitement du RED-S. Toutefois, des lacunes dans le système persistent et nous nous devons de tendre vers une approche durable, collaborative et axée sur la santé dans la poursuite de l’excellence, et ce, à l’échelle du système tout entier.

La complexité et la sous-estimation relative du RED-S offrent également des occasions d’aborder la prévention en matière de faible disponibilité d’énergie et d’optimisation des apports énergétiques et de la performance.

En novembre 2019, B2dix a tenu un groupe de travail RED-S composé de professionnels du sport, dont des experts du domaine reconnus internationalement, des entraîneurs canadiens, des spécialistes en sciences du sport et en médecine sportive, des membres de fédérations sportives canadiennes, d’instituts de sport, d’À nous le podium et de B2dix.

Pendant trois jours intenses, le groupe a examiné la science, les enjeux actuels, les lacunes et les opportunités pour les athlètes féminins et masculins, en accordant une attention toute particulière à l’optimisation de la santé et de la performance des femmes dans les sports, en ce qui touche l’ensemble des aspects du RED-S. En effet, la minceur est essentielle à la réussite dans certains sports, mais il est reconnu que les athlètes ont besoin d’être soutenus et encadrés pour y parvenir d’une manière saine afin d’éviter un RED-S chronique, et ce, bien que des études plus approfondies soient requises. Figurent parmi certains des principaux thèmes explorés l’identification des connaissances actuelles et l’élaboration de stratégies sur la façon de faire face efficacement aux problèmes que pose le RED-S dans le futur. Ces thèmes incluent notamment :

La prévention :

  • L’éducation des athlètes – tant juniors que de haut niveau –, du personnel, des entraîneurs et des parents. Cette démarche doit porter sur les aspect positifs de l’énergie – ce carburant nécessaire pour performer –, sur les signes et les symptômes du RED-S, sur les outils requis pour favoriser une communication positive sur les cycles menstruels et sur l’image corporelle, sur l’évaluation des athlètes/sports qui sont davantage à risque du syndrome RED-S et sur les pratiques exemplaires en matière de protocoles d’évaluation et de politiques en lien avec la composition corporelle et le poids, y compris lorsqu’il faut les mettre en œuvre ou non.

Le diagnostic :

  • Bien que des progrès aient été réalisés, il reste à établir un diagnostic valide distinct du RED-S en raison de la complexité et des nuances que comporte chaque cas et des différences physiologiques et psychologiques importantes qui existent entre les femmes et les hommes, et ce, dans tous les groupes d’âge et pour tous les types de sport. Par conséquent, des études plus poussées sont requises pour mieux définir les outils diagnostiques.
  • Il existe de plus en plus de preuves qui relient le RED-S aux risques de blessures de même qu’au manque d’adaptation à l’entraînement et aux mauvaises performances. Les facteurs de risque incluent : les restrictions alimentaires chroniques et/ou les régimes draconiens, une obsession constante et continue pour la minceur, des pertes de poids ou des changements importants dans la composition corporelle dans de courts laps de temps, un manque d’assiduité à l’entraînement et/ou une fatigue chronique, une libido réduite, une aménorrhée, deux ou plusieurs fractures de stress en carrière et une faible densité minérale osseuse.

Le traitement :

  • Le développement plus poussé d’un réseau de référence d’experts au Canada est requis pour le syndrome du RED-S et/ou pour les troubles alimentaires, en mettant l’accent sur les médecins, les diététistes professionnels et les psychologues.
  • Une responsabilité partagée entre les entraîneurs, les thérapeutes, les parents, les pairs et autres qui veillent au soutien de l’athlète, dans le but d’aider à identifier, puis à mettre en contact les athlètes qui en ont besoin avec le réseau de référence ci-dessus.

La triste réalité est que des milliers de gens, à tous les niveaux du sport, ont partagé leur expérience personnelle concernant la mauvaise gestion du RED-S et l’humiliation du corps (body-shaming) par un harcèlement ouvert. Pour parvenir à changer les choses, les athlètes doivent être en mesure d’identifier cet état de fait et de savoir comment se protéger contre ces cultures toxiques. Cela se résume à mieux comprendre le pouvoir des aliments/apports énergétiques et les effets négatifs du RED-S.

Les facteurs de risque du RED-S étant présents chez près de 2 à 60 % des athlètes des deux sexes, dans les sports d’endurance, dans les sports où l’apparence physique est importante, dans les sports avec catégories de poids et dans les sports de puissance et de rapidité, le groupe de réflexion est d’avis qu’une initiative portant sur l’éducation, la sensibilisation, le diagnostic et le traitement aura des effets positifs sur le bien-être physique et mental des athlètes canadiens et accroîtra ainsi leurs performances globales.

Comme ce fut le cas au cours des dernières années pour les commotions cérébrales liées au sport, des politiques nationales doivent être élaborées concernant des protocoles de prévention, de diagnostic et de traitement du RED-S. Pour apporter un véritable changement, il est essentiel de cibler les principales parties prenantes. Les médias sont un outil puissant qui peut être utilisé pour sensibiliser de manière efficace la communauté sur le RED-S et sur sa prévention. En outre,  les commanditaires peuvent apporter leur soutien en exigeant que l’attention soit mise sur l’optimisation de la santé et de la performance des athlètes en contrepartie de leur appui financier.    

Les personnes dont les noms figurent ci-après ont participé au groupe de réflexion iShare de B2dix sur la santé et sur la performance des athlètes féminins, qui a eu lieu en novembre 2019 à Montréal (Canada), et approuvent la présente communication.     

Dre Kathryn Ackerman – conférencière – docteure en médecine sportive et en endocrinologie, MPH, FACSM/Harvard et Boston Children’s Hospital/auteure de la déclaration consensuelle du CIO IOC RED-S Consensus Statement

Dre Amy Baltzell – conférencière – Ph.D., CMPC-AASP/ex-professeure clinicienne à l’Université de Boston

Susan Boegman – participante – Aviron et natation

Meghan Buttle – participante  – Patinage artistique 

Marc-Antoine Christian – participant – Triathlon

Kelly Drager – participante – Lutte libre, combiné nordique, biathlon, patinage artistique

Remmelt Eldering – participante – Patinage de vitesse

Dre Kirsty Elliott-Sale – conférencière – Ph.D./professeure agrégée, Nottingham Trent University

Kelly Ann Erdman – participante – Patinage de vitesse

Dominick Gauthier – conférencier et organisateur – cofondateur de B2dix, athlète olympique, entraîneur olympique, conférencier/organisateur de conférences et consultant

Ida Heikura – participante – future chercheuse canadienne sur le RED-S – À nous le podium

Jennifer Heil – organisatrice de la conférence – médaillée d’or olympique, membre du comité consultatif de B2dix, conférencière, membre des organisations Right to Play et Parce que je suis une fille/organisatrice de conférences et consultante

Dre Sharleen Hoar – participante – Vélo de montagne

Tiffany Hunting – participante – Judo

Liz Johnson – participante  – Natation

Dre Dana Lis – conférencière – R.D., Ph.D./nutritioniste pour les sports de haut niveau/responsable scientifique de projet en neurobiologie, en physiologie et en comportement pour le sport universitaire et l’UC Davis, consultante pour la NBA et le World Tour Cycling

Dre Alexia de Macar – participante – Plongeon  

Jean-François Mathieu – participant – Gymnastique

Dr Paddy McCluskey – participant –  Athlétisme et Triathlon

JD Miller – organisateur de la conférence – cofondateur et président de B2dix/organisateur de conférences et consultant

Dre Margo Mountjoy – conférencière – docteure en médecine sportive, Ph.D., FACSM/ McMaster University/groupe des jeux du CIO/groupe médical de la FINA /auteure principale de la déclaration consensuelle du CIO IOC RED-S Consensus Statement

Dr Andy Van Neutegem – participant – À nous le podium

Martha Purdy – participante – Gymnastique

Terry Radchenko – participant – Athlétisme

Chris Rozdilsky – participant – Cyclisme

Paulo Saldanha – conférencier – directeur de la performance – ICA (Israel Cycling Academy) World Tour Professional Cycling Team/physiologiste sportif et entraîneur/propriétaire de PowerWatts/organisateur de conférences et consultant

Dr Ben Sporer Whitecaps FC de Vancouver – directeur, Stratégie de performance, recherche et innovation; professeur adjoint à UBC/UVic; Resync – Integrated Performance Solutions/ organisateur de conférences et consultant

Hilary Stellingwerff – athlète olympique à deux JO/entraîneure-chef à UVic/organisatrice de conférences et consultante

Dr Trent Stellingwerff  – conférencier – Ph.D./directeur, Solutions Haute performance – Institut canadien du sport Pacifique/professeur adjoint à UVic et à UBC/responsable SSSM chez Athlétisme Canada/oganisateur de conférences et consultant

Jen Sygo – participante – Athlétisme et gymnastique  

 

Ressources portant sur le déficit énergétique relatif dans les sports (RED-S) : IOC consensus statement on relative energy deficiency in sport (RED-S): 2018 update

https://bjsm.bmj.com/content/52/11/687

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